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J'ai mené l'enquête
13 juillet 2026
Je ne suis pas une grande voyageuse, je dirais même qu'avec l'âge, je suis de plus en plus casanière. Mais il m'arrive de prendre l'avion, disons une fois tous les deux ans, pour des destinations plus lointaines. En bonne tricoteuse, ma préoccupation majeure n'est pas de remplir ma valise mais de savoir quel ouvrage emporter, ou plutôt quel matériel.
Par nature, je me simplifie déjà la tâche parce que je n'utilise au quotidien aucune aiguille en métal. Je n'aime pas, j'ai l'impression qu'elles font vibrer mon squelette et leur cliquetis m'est très désagréable. Avec le bois ou le bambou, je mets déjà pas mal de chances de mon côté.
C'est ainsi que j'ai posté récemment une photo montrant l'avancement d'une chaussette avec mes aiguilles double-pointe en bouleau, sur fond de siège d'une compagnie britannique. J'ai eu énormément de réactions étonnées : « Mais comment ça ? tu as pu tricoter dans l'avion ? » ou alors « Mes aiguilles n'ont pas passé le contrôle, j'ai dû tout laisser même mon tricot » ou encore « Ah bon ? mais tu as eu le droit ? »
De mon côté, c'est peut-être de la chance, mais c'est toujours bien passé. La fois d'avant, j’avais des aiguilles interchangeables dont j'avais simplement dévissé les pointes : je les avais glissées dans une trousse à crayons et ni vu ni connu. Cette fois, j'ai même encore plus titillé le destin en laissant mes double-pointe dans mon pochon de tricot, lui-même dans mon sac-n'excédant-pas-les-45-sur-36-sur-20-cm sans que personne n’y trouve rien à redire. Mais avec autant de témoignages contraires, j’avais envie d’y voir plus clair. J'ai donc mené mon enquête, avec l'aide d'Emmanuelle, une abonnée tricoteuse qui est aussi hôtesse de l’air. Voici ce qu’elle m’a expliqué, et ce que disent vraiment les textes officiels.

Le premier truc à savoir, c'est que les règles ne dépendent pas des compagnies aériennes. « Ce n’est absolument pas un filtre spécial Air France, spécial EasyJet, spécial Emirates, m’a expliqué Emmanuelle. C’est pour tout le monde, on se retrouve tous au même filtre ». Quand on y réfléchit, c'est évident. Donc pas la peine de scruter les sites internet des compagnies en question, on est tous logés à la même enseigne.
Deuxième point : tout dépend de la personne qui scrute la machine à voir à l'intérieur des valises. « J’ai vu des contrôleurs qui confisquaient des aiguilles et d'autres qui laissaient passer les mêmes choses. C’est vraiment aléatoire, un peu la tête du client. » Bon, on n'est pas rassuré, c'est un peu la roulette russe.
Elle a même vu passer des aiguilles circulaires en métal, ce qui l’a énormément surprise : « Pour moi il n’y avait que le bois qui passait. Mais on peut très bien avoir des aiguilles circulaires en plastique ou en bois, ça passe très bien, et le bois est tout à fait toléré. » Elle a d’ailleurs testé avec des aiguilles en bois, achetées pour l’occasion : elle est passée sans problème, y compris au filtre spécifique et particulièrement strict réservé au personnel navigant. Pour les ciseaux, son conseil est très concret : prenez des ciseaux à ongles pour bébé, les tout petits à bout rond. « Le bout rond, c’est fondamental. Et la petite taille, ça passe sans problème, parce qu’on en a souvent sur nous, dans nos trousses de secours.»
En creusant du côté des textes officiels, la réalité est plus nuancée que ce que suggère la pratique. Le règlement européen sur la sûreté aérienne interdit en cabine tout objet pointu ou tranchant susceptible de servir d’arme. Sur la liste officielle d’Air France par exemple, on trouve noir sur blanc : « Aiguilles et crochets (tricot, broderie), en métal ou tout autre matériau suffisamment solide pour servir d’arme » ; classées « en cabine : non, en soute : oui ». Autrement dit, sur le papier, les aiguilles à tricoter (même en bois) devraient plutôt voyager en soute. Dans les faits, l’application de cette règle est très inégale.
Petite bonne nouvelle en revanche, et qui confirme le conseil de mon hôtesse de l’air : la réglementation européenne autorise explicitement « les ciseaux ou une lime à bouts ronds, de toute taille » en bagage cabine, quand les ciseaux à lames pointues de plus de 6 cm sont interdits. Les ciseaux à ongles pour bébé, à bout rond, sont donc en règle, officiellement, quelle que soit leur taille. (Ceci dit, des ciseaux ça se trouve partout, contrairement aux aiguilles double-pointe en bouleau 2.75). Aux États-Unis, la TSA (l’agence fédérale qui gère la sûreté dans les aéroports américains, l’équivalent de la DGAC côté français) est plus explicite et plus permissive sur le sujet, pour les vols au départ des États-Unis : elle autorise noir sur blanc les aiguilles à tricoter en bagage cabine comme en soute, la décision finale restant toutefois à l’appréciation de l’agent au contrôle. Mamma mia !

Voilà ce que je peux te recommander, au vu de l'expérience terrain et des recommandations des textes officiels :
Privilégie le bois ou le bambou : moins identifiables comme « arme » au visuel qu’une aiguille métallique, ils sont globalement mieux tolérés.
Opte pour des aiguilles circulaires ou des petites double-pointe, plutôt que pour de grandes aiguilles droites : plus discrètes, plus compactes, et souvent mieux acceptées.
Si tu prends tes aiguilles interchangeables, pense à dévisser les pointes et à les glisser dans une trousse à crayons, elles sauront parfaitement se fondre dans le décor ; visse des arrête-mailles sur le câble en attendant de les revisser après le contrôle.
Prends des petits ciseaux à bout rond (type ciseaux à ongles bébé) plutôt que des ciseaux classiques : c’est la seule option explicitement autorisée par la réglementation européenne, quelle que soit la taille (tu peux aussi décider d'investir dans des ciseaux sur place ou parier que tu en trouveras là où tu logeras).
Aie toujours un plan B : des arrête-mailles, ou un petit sachet pour ranger ton ouvrage rapidement au cas où tes aiguilles venaient à être confisquées : au moins tu ne perds pas tout.
Garde bien en tête que la décision finale appartient toujours à l’agent de contrôle, quelle que soit la compagnie ou l’aéroport. Un refus n’est ni personnel ni définitif. À ce stade, il te reste la prière ou l'usage de tes charmes.
Je suis preneuse de tes propres retours d’expérience : aiguilles confisquées, jamais eu de souci, astuce qui a fonctionné pour toi… Raconte-moi tout en commentaire sous cet article, ça peut vraiment aider d'autres personnes à voyager plus sereinement avec leur tricot.
Et si, malgré toutes les précautions, tes aiguilles finissent quand même par être confisquées ? La solution la moins risquée, quand elle est possible, reste d’en racheter sur place. Ce n’est pas évidemment pas la meilleure : personnellement je suis tellement attachée à MES aiguilles que j'aurais du mal, mais entre être privée de tricot et improviser avec ce qu’on trouve sur place, c’est peut être le compromis le moins frustrant.
Air France – Armes et objets tranchants (liste officielle des produits interdits en cabine)
Your Europe (UE) – Restrictions applicables aux bagages
TSA (États-Unis) – page « Knitting Needles », tsa.gov/travel/security-screening/whatcanibring/items/knitting-needles (le site tsa.gov est parfois inaccessible depuis certains réseaux hors des États-Unis)
Très intéressant ! Personnellement j'ai toujours pu passer, inconsciente d'avoir eu vraiment de la chance !
Oui, sans doute de la chance ! Et c'est heureux !
Perso, toujours réussi à passer les aiguilles (en bambou). Je les sépare de mon tricot et les mélange à mes pinceaux de maquillage en bois ! Ni vu ni connu!
Très bien aussi dans la trousse de maquillage ! Je n'y pense pas parce que je me maquille très rarement 😅
Merci pour l'enquête et la rédaction de cet article qui permettra à plus d'un/d'une de profiter de son loisir chéri 🙏🏻. Belle plume et belle rédaction qui plus est 😉
Merci Alexandra ! oui je trouvais intéressant d'avoir des informations objectives. Sachant qu'à la fin, c'est le subjectif qui l'emporte !
Quand j'ai lu les textes officiels , j'ai vu que mes aiguilles à tricoter ne passeraient pas en bagage à main, je me suis rabattue sur le crochet avec un crochet correspondant aux mesures préconisées avec manche en plastique. J'ai donc pu crocheter dans l'avion.
Une prudence bien louable ! C'est sûr que le crochet fait moins peur aussi.
Il est impensable pour moi de partir en vacances sans mon tricot. Avant le Covid je prenais l’avion tous les ans et je bidouillais : j’ouvrais mes stylos billes , j’enlevais la bille et je mettais mes interchangeables en métal à la place, le tout dans une trousse avec autres stylos et crayons. Une seule fois, à Myconos on m’a fait ouvrir ma trousse, mais pas mes stylos. Depuis je n’ai pris l’avion qu’une seule fois pour aller au Canada. Sur le site d’Air Canada il est écrit clairement qu’on a le droit d’emporter des aiguilles ou des crochets en bagage à main, alors je n’ai meme pas démonte mes circulaires ( toujours en métal) et je n’ai eu aucun soucis. A tout hasard j’avais mis les Temu sur mon ouvrage et les Chiaggo dans la valise en soute.
Merci Anne ! J'avoue que pour moi aussi, ce serait un supplice de partir sans mon tricot, où que ce soit et quelle que soit la durée ! Bravo pour vos stratégies qui ont toujours été gagnantes !